Lettera n. 171

Mittente
Manzoni, Alessandro
Destinatario
Fauriel, Claude
Data
12 settembre 1822 (ce 12 7bre 1822)
Luogo di partenza
Milan
Luogo di arrivo
Paris
Lingua
francese, italiano
Incipit
la joie que j'ai éprouvée
Indirizzo
A Monsieur | M.r Ch. Fauriel | rue neuve de Seine N.o 68, faub. S. Germain | à Paris
Regesto

Manzoni dà notizie della famiglia e della stesura del romanzo, riferisce alcune correzioni che ha apportato all'Adelchi e comunica una correzione da effettuare nella Lettre a Chauvet.

Testimoni
  • (originale) Milano, Biblioteca Ambrosiana, S.P.29, n. 44
    (Timbri postali: «LYON»; «Septembre | 30 | 1822»)
Edizioni
  • DE GUBERNATIS 1880, p. 341.
  • SFORZA 1882-1883, vol. I, p. 253.
  • SFORZA 1912-1921, vol. II, p. 45.
  • ARIETI-ISELLA 1986, lettera n. 171, vol. I, pp. 284-290, note alle pp. 842-843.
  • BOTTA 2000, lettera n. 74, pp. 374-381, note alle pp. 381-387.
Opere citate

Adelchi; I promessi sposi; Lettre à M.r C*** sur l'unité de temps et de lieu dans la tragédie

+ Testo della lettera

Pour moi, je supporte assez bien ma santé, lorsqu'elle me permet de travailler; mais voila un mois dans le quel je n'ai eû que cinq ou six jours utiles: les autres remplis par une incapacité presqu'absolue m'ont paru un peu longs. J'espère à present que je pourai m'occuper avec une certaine continuité. Je ne suis qu'à la moitié du 2.eme vol.e de mon roman; et j'aurai dû selon des calculs antécédens être à la fin du 3.eme: j'ai bien peur que je ne pourai pas m'en tirer à moins de 4, mais s'il ne m'arrive pas des profits extraordinaires d'imbécillité, je compte en être débarrassé avant la fin de Fevrier prochain.
La circonstance aussi triste qu'imprévue de la maladie de M.me de Condorcet ayant dérangé le plan de double travail que vous aviez formé, et ne vous permettant qu'une légère occupation, c'est votre ouvrage qui a été sacrifié. Je n'ai rien à vous dire là-dessus; et je sais fort bien par expérience qu'il y a des tristes époques | ou l'esprit a besoin de s'appliquer, et n'est pas susceptible d'une application dans la quelle il aie tout à faire. Mais je compte que vous vous remettrez avec une ardeur nouvelle à votre littérature ou pour mieux dire civilisation provençale aussitôt que vous vous serez dépêtré de cet Adelchi, dont hélas! il faut encore vous parler.
Je me hâte de vous dire avant tout que je suis bien content que votre lettre me soit arrivée assez à temps pour que je puisse encore ajourner à volonté la publication: je crois entrer dans vos projets en la fixant pour le 20. Octobre. En attendant je ne profiterai pas de la permission que vous m'accordez d'en donner des exemplaires à des personnes qui ne les mettraient pas en circulation; je ne serai jamais bien sur de mon fait, car il ne serait pas impossible qu'on ne se les arrachât. J'écris ce mot sans scrupule de fatuité; sachant jusqu'à quel point la rareté tient lieu de tout mérite, et les ayant vus moi-même s'arracher des choses que . . . bah! Je ne vous demande que la permission d'en envoyer un exemplaire à Goethe, toujours après le 1.er Octobre, dans le cas qu'une occasion se présentât.
Il faut absolûment que je vous parle à-présent de quelques corrections que j'ai faites dans la tragédie pour que vous jugiez s'il vous conviendrait de les transporter dans la traduction. D'abord il s'était glissé une faute essentielle dans la copie qui a servi à l'impression, et cette faute aura passé certainement dans votre Ms. Acte I.er Scene V.eme vers 13.eme «Il messo accolsi e la risposta intesi», au lieu de «proposta». J'ai fait une addition de quelques vers à la dernière scene de l'acte 2.eme sur l'avis de Visconti qui a observé que ce qui a dû se passer dans l'intervalle du 2.eme au 3.eme acte n'est pas assez clairement ou au moins pas assez tôt expliqué au commencement de celui-ci. Il a prétendu, je crois avec raison, qu'en annonçant d'avance cet effêt d'une marche qui a l'air d'une retraite, on préparerait mieux le lecteur à le comprendre sans fatigue dès l'ouverture du 3.eme acte. Ainsi vers la fin du discours de Son Eximiété Charles roi des Francs, ou de Francs, homme illustre, après Tutto è per noi, tutto ci aspetta, j'ai ajouté:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . Intento
Dalle vedette sue miri il nemico
Moversi il nostro campo; e si rallegri.
Sogni il nostro fuggir, sogni del tempio
La scellerata preda, in sue man servo
Sogni il sommo Levita, il comun padre,
Il nostro amico; in fin che giunga Eccardo,
Risvegliator non aspettato. E voi etc.
Si vous trouvez la correction à propos, placez-la, ou quelque chose d'équivalent, dans l'endroit de la tirade qui vous paraitra le plus convénable; car je ne l'ai mise à la fin que pour pouvoir faire un seul carton.
Enfin dans la scène 7.eme du 3.eme acte, cette description du petit combat d'Anfride m'a paru par trop embrouillée, et j'ai tâché de la rendre un peu plus claire en changeant depuis Confusi, vers 3.eme jusqu'à Arrenditi ainsi que vous trouverez ci contre: |
Gran parte
Gettan l'arme e si danno; in fuga a torme
Altri ne van. Lento ritrarsi e solo
Costui vedemmo, che alle barde, all'armi,
Uom d'alto affar parea: quattro guerrieri
Da un drappel ci spiccammo, e a tutta briglia
Su l'orme sue, pei campi. Egli inseguito
Nulla affrettò della sua fuga; e quando
Sopra gli fummo, si rivolse. Arrenditi,
Gli gridiamo etc.
Je croyais avoir fini et il me souvient que j'ai encore de l'ennui à vous donner sur . . . c'en est trop! sur la lettre à M.r Ch[auvet] ou j'ai une phrase qui me donne un remords assez cuisant pour me déterminer à vous prier d'y faire encore une correction. C'est à-peu-près au tiers de la lettre, ou il est parlé du mêlange du comique et du sérieux. Voici la phrase téméraire: «Je pense, comme un bon et loyal partisan du classique que le mélange de deux effets contraires détruit l'unité d'impression nécessaire pour produire l'émotion et la sympathie»[.] Ici il me parait évident que je tombe dans l'inconvénient que j'ai tant censuré de fixer ou de reconnaitre des bornes arbitraires, qui peut-être n'ont pas été franchies, mais qui peuvent l'être dans l'avenir avec bonheur. Voici donc ce que je voudrais ajouter apres la sympathie pour correctif à cette phrase: «ou, pour parler plus raisonnablement, il me semble que ce mêlange, tel qu'il a été employé par Shakspeare a tout-à-fait cet inconvénient. Car, qu'il soit à jamais impossible de produire une impression harmonique et agréable, par le rapprochement de ces deux effets, c'est ce que je n'ai ni le courage d'affirmer, ni la docilité de répéter. Il n'y-a qu'un genre dans lequel on puisse réfuser d'avance l'espoir de tout succès durable, même au génie: et ce genre est le faux. Mais interdire même au génie d'employer des matériaux qui sont dans la nature, par la raison qu'il ne poura pas en tirer un bon parti, c'est évidemment pousser la critique au delà de son devoir et de ses forces. Que sçait-on? Ne relit-on pas tous les jours des ouvrages d'imagination, dans le genre narratif il est vrai, mais des ouvrages où ce mélange se retrouve bien souvent, et sans qu'il ait été besoin de le justifier, parce qu'il est si fondu dans la vérité entrainante de l'ensemble, que personne ne l'a remarqué pour en faire un objet de censure? Et le genre dramatique même n'a-t-il pas produit un ouvrage étonnant dans le quel on trouve des impressions bien autrement diverses et nombreuses, des rapprochemens bien autrement imprévus; et n'a-t-on pas consenti à l'admirer à la seule condition qu'on ne lui donnerait pas le nom de tragédie? condition au reste assez douce de la part des critiques, puisqu'elle n'exige que le sacrifice d'un mot, et accorde, sans s'en appercevoir, que l'auteur n'a pas seulement produit un chef-d'oeuvre, mais qu'il a | de plus inventé un genre. Mais pour rester plus strictement dans la question, le mélange du plaisant et du sérieux poura-t-il être transporté heureusement dans le genre dramatique d'une manière stable et dans des ouvrages qui ne soient pas une exception? C'est, encore une fois, ce que je n'ose pas savoir. Mais quoiqu'il en soit, c'est un point particulier à discuter, si l'on croit avoir assez de données pour le faire, mais c'est bien certainement un point dont il n'y a pas de conséquence à tirer etc.». Voila ma lettre remplie de corrections; croyez-moi, ce sera pour tous les deux un moment bien agréable que celui où nous pourrons nous écrire sans avoir toujours en tiers cet ennuyeux Adelchi. Bien entendu que cette correction subira une recorrection de votre main dont elle a bien besoin; car le peu de français que j'avais m'échappe de jour en jour.